Le point sur le fluor 3/4 - L’aspect toxique du fluor (parfois utilisé en thérapie)

, par Alexandre Tomas

Dans ce troisième volet de la série "Le point sur le fluor" nous prenons connaissance de l’aspect toxique du fluor, le même que nous retrouvons parfois dans les comprimés pour enfants, le dentifrice, la fluoration de l’eau et la fluoration du sel alimentaire.

 Les dangers du fluor que nous consommons

Je vous livre en brut la documentation officielle qui parle d’elle-même.

Afssa – [Saisine n° 2007-SA-0315-
>https://www.anses.fr/sites/default/files/documents/NUT2007sa0315q.pdf] sur le site de l’Anses - Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail :

Chez l’adulte, l’accrétion du fluor dans les os augmente la densité osseuse, mais un apport excessif (à des doses supérieures à 8 mg/j) et de façon chronique peut être responsable d’une fluorose osseuse caractérisée par une atteinte des os, des articulations (arthropathies), et des tissus de soutien ligamentaire et tendineux. Des études ont montré que l’administration orale à visée thérapeutique de fluorures pendant plusieurs années (à partir de 0,6 mg par kg de poids corporel et par jour) chez des femmes ménopausées augmentait de manière significative le risque de fractures osseuses non vertébrales (Aesa, 2005).
En 2008, l’avis de l’Aesa relatif au monofluorophosphate de sodium rappelle que les limites de sécurité pour le fluor, déclinées en fonction de l’âge (Aesa, 2005) peuvent être dépassées dès lors qu’une supplémentation est proposée, notamment pour les enfants consommant une eau dont la teneur en fluor est de 1 mg/L.

Extrait document Eau & santé par le Pr. Philippe Hartemann (Université de Nancy, Membre du Conseil scientifique du programme de recherche Environnement & Santé) :

Il existe [...] par exemple des contaminations naturelles par le fluor qui peuvent aller jusqu’à entraîner des symptomatologies dues à une fluorose osseuse, comme cela a été observé dans la région de Maria en Gaspésie (Québec, Canada) et d’Etain dans la Meuse (France).

 Le fluor

Voici la définition du Dictionnaire encyclopédique des sciences de la nature et de la biodiversité (2008 - François Ramade) :

fluor, n. m. (fluorine). Élément biogène indispensable aux Vertébrés, le fluorure de calcium participant pro parte à la constitution minérale de l’os.

L’AFSSA Saisine n° 2007-SA-0315 relativise cette première vocation d’ailleurs précisée pro parte c’est-à-dire en partie, et met plutôt en avant sa participation bénéfique dans la prévention de la carie :

Le fluor n’est pas essentiel à la croissance et au développement de l’Homme mais il participe à la prévention de la carie dentaire.

Toute rassurante que soit la définition du fluor ainsi que son utilité contre la carie dentaire, ses propriétés chimiques sont quant à elles plus inquiétantes, ainsi pour reprendre le Quid 1991 dans la rubrique Chimie du fluor :

Le fluor est le plus électronégatif et le plus réactif de tous les éléments ; gaz très corrosif, il réagit pratiquement avec toutes les substances [...]
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Pour compléter ce tableau pas très engageant, un extrait de Wikipedia - Fluor :

[...] très toxique et extrêmement corrosif. Le fluor provoque de très graves brûlures au contact de la peau, des muqueuses, et des os.

Une dernière information qui tranche tout net avec le caractère amical du fluor participant à la constitution minérale de nos os et noble protecteur de notre dentition. Mais pour reprendre les scientifiques, tout est question de dosage : une même substance peut tout aussi bien être bienfaisante que toxique.

 Fluorure de sodium

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Rappel, nous l’avons vu dans le volet précédent, nous retrouvons le fluorure de sodium dans le dentifrice, les gommes à mâcher, les comprimés et les gouttes pour les enfants, et les solutions dentaires.

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Sur la paquet de fluorure de sodium ci-contre on peut voir écrit clairement :

DANGER ! POISON TOXIQUE PAR INGESTION

Organes touchés : le coeur, les reins, le système nerveux, les intestins, et les dents.

Dans le chapitre CARACTÉRISTIQUES de la fiche toxicologique FT191 établie par les services techniques et médicaux de l’INRS, sont énumérées les principales industries concernées par le fluorure de sodium (et également le fluorure de calcium) :

  • fabrication du fluorure d’hydrogène,
  • métallurgie de l’aluminium, des aciers et autres métaux [...],
  • industrie du verre, des émaux et des céramiques [...],
  • fabrication d’enrobage et de flux pour électrodes de soudure,
  • préservation du bois.

 Fluorure de calcium

Il est parfois naturellement présent dans l’eau comme nous l’avons vu dans le volet précédent, que ce soit dans certaines eaux minérales, ou dans l’eau du robinet en fonction des sources captées.

On relèvera dans la fiche toxicologique de
l’INRS
déjà abordée dans le chapitre précédent, qu’il existe apparemment une différence de toxicité entre le fluorure de calcium et le fluorure de sodium :

Toxicité expérimentale

Aiguë, chronique

Les DL 50 par voie orale chez le rat sont :

  • 50 à 180 mg/kg pour le fluorure de sodium,
  • 4 250 mg/kg pour le fluorure de calcium.

La symptomatologie mise en évidence lors des études de toxicité aiguë ou chronique est identique à celle constatée chez l’homme.

Pour information, la DL 50, c’est la dose létale à partir de laquelle 50 % des individus sont tués.

 Fluorure de sodium pour les insecticides

Le fluorure de sodium à une autre époque n’était pas l’ami des bêtes, c’est le moins que l’on puisse dire. Puisqu’il servait en fait d’insecticide ou encore de raticide.

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Après nous avoir rappelés que cette préparation à base de fluorure de sodium était un poison mortel, l’insecticide suivant nous fait cadeau également de l’antidote !

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C’est cocasse mais intéressant puisqu’aucune notice actuelle ne donne la moindre solution, mises à part celles des comprimés et des gouttes pour enfants qui conseillent en cas de surdosage d’ingérer d’importantes quantités de calcium, sous forme de lait par exemple. Et tant pis pour les consommateurs de dentifrice et les buveurs de solutions dentaires... En même temps ça relèverait plus de la psychiatrie à ce stade !

 Fluosilicate de sodium ou encore Sodium hexafluorosilicate

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L’acide fluorosilicique peut être converti en hexafluorosilicate de sodium, principalement pour la fluoration de l’eau (voir notre volet précédent).

Comme nous l’avons vu également dans le volet précédent, le fluorosilicate de sodium est autorisé dans la norme européenne et dans la norme française AFNOR, pour la fluoration de l’eau destinée à la consommation humaine (voir références dans le volet précédent).

 Fluorure de potassium

Le fluorure de potassium est utilisé pour supplémenter en fluor le sel alimentaire (voir volet précédent).

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Dans la fiche toxicologique de l’INRS nous apprenons que, tout comme le fluorure de sodium, le fluorure de potassium est toxique par ingestion mais également par inhalation et par contact avec la peau.

 Le revêtement antiadhésif des casseroles à base de Téflon

Le Téflon utilisé comme revêtement antiadhésif dans les casseroles, est une marque déposée en 1945 du polytétrafluoroéthylène. Le polytétrafluoroéthylène est un fluoropolymère ou encore polymère fluoré. C’est sous la marque Tefal que son utilisation s’est popularisée significativement en France.

Un consommateur final comme vous et moi, non-scientifique, peut légitimement se demander où passe le revêtement adhésif qui disparaît au fil du temps avec l’usure. De là à penser que nous en ingérons une partie avec les aliments et qu’une autre disparaît probablement en faisant la vaisselle, il n’y a qu’un pas et à la limite c’est du bon sens de conclure ainsi. Cette perspective ne semble inquiéter personne et à ce jour il n’existe pas de prévention officielle en France -sous toute réserve- qui nous mettrait en garde contre une éventuelle toxicité, donc pourquoi s’inquiéter ? Tout juste nous conseille-t-on de changer nos poêles tous les deux ans.

IKEA nous apporte quelques réponses sur son document Matériaux et finitions pour aider les clients à choisir poêles et casseroles en fonction des propriétés des matériaux, notamment sur le sujet de l’usure :

Écaillures du revêtement

Peu importe la qualité du revêtement antiadhésif, après un certain temps, il s’use et des écaillures peuvent s’en détacher. On se demande souvent si leur présence dans la nourriture comporte un risque pour la santé. La réponse est non. L’organisme les élimine comme tout autre corps étranger sans absorber aucune substance.

En consultant les modes d’emploi de chaque série de poêles et casseroles de la marque TEFAL, dans les "Questions les plus fréquentes - Questions diverses" on tombe sur la question "Est-il dangereux d’avaler accidentellement un morceau de revêtement ?" :

Si les poêles ou casseroles TEFAL ne sont pas utilisées normalement et qu’une particule de revêtement est avalée par inadvertance, il n’y a aucun danger. Les particules ne sont pas toxiques (le revêtement antiadhésif est sans danger pour votre santé). Elles passeront sans être assimilées par l’organisme, comme n’importe quelle fibre. NB : Le revêtement antiadhésif est si sûr pour la santé qu’il est fréquemment utilisé par la profession médicale pour recouvrir les stimulateurs cardiaques, petits tuyaux remplaçant des artères.

Soyons donc rassurés si tous s’accordent à dire que l’ingestion est sans danger.

Cependant sur le site Action Fluor Québec un article de Patricia Thomas datant de 2005, Le Téflon : un nouveau scandale sanitaire ?, nous explique que lors de la cuisson une partie du revêtement en Téflon se retrouverait dans les aliments et une autre s’échapperait sous forme de gaz neurotoxique (notamment mortel pour les oiseaux).

Justement Tefal dans son document Notice d’utilisation des articles de cuisine parle aussi du danger pour les oiseaux, mais pas explicitement et pas précisément dans les mêmes conditions :

En suivant ces consignes d’entretien, vous préviendrez l’émission de fumées provenant des casserolles/poêles ou des aliments exposés à une chaleur trop élevée. Ces fumées peuvent être dangereuses pour les animaux ayant un système respiratoire très sensible, tels que les oiseaux. Nous recommandons de ne pas installer les oiseaux dans la cuisine.

Dans cette notice finalement, bien que la dangerosité des fumées pour les animaux ne soit pas directement imputable aux casseroles/poëles donc au PTFE (polytétrafluoroéthylène), on peut néanmoins pointer la réalité d’émission de fumée par ces dernières lorsqu’il y a surchauffe.

Pour en revenir à l’article de Patricia Thomas, les particules dégagées sous forme de gaz se logeraient profondément dans les poumons et provoqueraient à long terme la "fièvre des polymères", une atteinte de type pseudo grippal (malaise, frissons, fièvre, douleurs thoraciques, dyspnée, toux). Ce syndrome aurait été observé dans les années 50, chez les travailleurs de l’usine de Dupont propriétaire de la marque déposée Téflon.

Dans ce même article notamment on peut lire :

L’exposition aux produits dérivés du Téflon pendant la grossesse est particulièrement dangereuse. A la suite d’une action en justice d’un groupe de citoyens, des données ont été dévoilées en juillet 2004 par l’Agence Américaine de l’Environnement (EPA). Elles montrent que DuPont savait depuis 1981 que le PFOA se communique de la mère à l’enfant et peut causer des déformations faciales chez les humains.

À ce stade il est important d’opérer une mise au point, car s’il existe bel et bien un problème avec le PFOA alias l’acide perfluorooctanoïque, problème sur lequel nous allons revenir, il existe justement une confusion entre le PTFE alias le polytétrafluoroéthylène (alias le Téflon) et le PFOA lorsque l’on parle du revêtement antiadhésif des casseroles.

Tefal est d’ailleurs très clair là dessus toujours dans ses "Questions les plus fréquentes" :

les articles culinaires avec revêtements antiadhésifs Tefal, sont constitués de revêtement PTFE et ne contiennent pas de PFOA.

Il ne faut pas bien-sûr se focaliser sur une seule marque, mais il faut dire à ma décharge que les informations claires ne sont pas toujours faciles à trouver.

Considérons que c’est clair pour l’instant, et concentrons-nous uniquement sur le PTFE dans l’immédiat et sur la question de sa toxicité lorsqu’il est chauffé ou surchauffé.

Le mieux pour répondre à cette question c’est d’aller voir du côté des scientifiques agréés, alors jetons notre dévolu sur le site de La Société Chimique de France, une association (Loi 1901) à but non lucratif, reconnue d’utilité publique.

Dans son article Téflon & Cie on peut lire :

Le PTFE est non toxi­que à basse tem­pé­ra­ture, mais sa décom­po­si­tion au-delà de 350 °C engen­dre de l’acide fluor­hy­dri­que, par­ti­cu­liè­re­ment toxi­que.

Pour savoir quel danger représente l’acide fluor­hy­dri­que, le mieux c’est de voir le site gouvernemental français Travailler mieux - la santé et la sécurité au travail :

L’acide fluorhydrique (HF) n’est pas un acide comme les autres. C’est un puissant corrosif et un agent décalcifiant redoutable (très forte affinité pour le calcium avec fixation possible dans les dents, les os et le sang).

Il réagit violemment avec l’eau, les bases fortes anhydres ou en solutions concentrées. Il attaque le verre. Ses solutions aqueuses attaquent la plupart des métaux avec dégagement d’hydrogène inflammable et explosible.

Pour finir et s’il fallait encore en rajouter, IKEA, toujours sur son document Matériaux et finitions nous apporte également un élément de réponse sur la toxicité du PTFE (polytétrafluoroéthylène) lorsqu’il y a surchauffe :

Surchauffe des poêles et des casseroles antiadhésives

Le PTFE tolère des températures allant jusqu’à 250 °C (482 °F). Il faut éviter de surchauffer les poêles et les casseroles revêtues de cet enduit. À des températures très élevées (300 °C/572 °F), le PTFE peut produire des gaz toxiques.

Nous aurons donc compris pour conclure, qu’il serait du meilleur intérêt pour nous d’éviter la surchauffe...

Revenons maintenant au cas du PFOA.

Sur le site gouvernemental Environnement Canada, sur la page de 2012 Approche de gestion des risques pour l’acide perfluorooctanoïque, on trouve l’information suivante :

L’APFO et ses sels sont utilisés dans le procédé de polymérisation pour la production de polymères fluorés et de fluoroélastomères. Le SAAPFO, qui est le sel d’ammonium de l’APFO le plus couramment utilisé commercialement, est utilisé principalement comme agent de polymérisation dans la fabrication de polymères fluorés, tels que le polytétrafluoréthylène [...]

La boucle est donc bouclée, nous connaissons maintenant la relation entre le PFOA et le PTFE. Confirmant les propos du site gouvernemental Environnement Canada, l’article Téflon & Cie de La Société Chimique de France nous en dit plus sur son mode de dispersion dans l’environnement en particulier :

Dans le pro­cédé DuPont, le tétra­fluo­roé­thy­lène est ensuite poly­mé­risé en émulsion en pré­sence d’un ten­sio­ac­tif, le per­flu­rooc­ta­naoate d’ammo­nium, pro­duit qui fut reconnu en 2005 comme can­cé­ri­gène par l’agence amé­ri­caine de l’envi­ron­ne­ment (EPA), déclen­chant une forte contro­verse sur la pré­sence de ce com­posé dans les pro­duits finals. En fait, la teneur maxi­male d’acide per­fluo­rooc­ta­noï­que (PFOA) dans les pro­duits manu­fac­tu­rés à base de téflon serait de l’ordre de 1,5 à 4,5 ppb (par­ties par mil­liard), mais il est sur­tout pré­sent dans les effluents aqueux de ce pro­cédé et DuPont de Nemours devrait cesser d’employer cet émulsifiant en 2015.

Si la curiosité vous prend, je vous encourage à faire de plus amples recherches sur les dégâts occasionnés par le PFOA, qui serait disséminé partout dans l’environnement.

Toutefois et pour conclure voilà ce qu’il en est officiellement, le PFOA alias l’acide perfluorooctanoïque est très concrètement sur la liste des substances extrêmement préoccupantes de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) depuis le 17 juin 2013, en tant que substance toxique pour la reproduction avec pour justification un rapport adopté le 14 juin 2013 par cette même Agence européenne.

 La pollution au fluor à St Jean de Maurienne

Les anciens de Savoie se souviennent de l’affaire des vaches de la Maurienne...

Source Persée Revues scientiques - Risque industriel et environnement montagnard. Le cas de St Jean de Maurienne :

La pollution par le fluor a été un problème crucial jusqu’au début des années 80 au point de remettre en cause l’existence même des usines s’échelonnant dans ce qu’on appelait la vallée de l’aluminium. Le problème vient de l’utilisation de la cryolithe (fluorure double d’aluminium et de sodium) comme fondant dans le bain d’électrolyse de l’alumine pour réduire le point de fusion à 960°. Un bain d’électrolyse émet actuellement à la source de 14 à 30 kg F/t d’aluminium, soit 75 % de la quantité utilisée, sous forme d’acide fluorhydrique gazeux et de fines particules. Les rejets dans l’atmosphère dépendent de l’efficacité des équipements de captation. Or ceux-ci ont été quasiment inexistants ou de faible efficacité jusqu’au milieu des années 1960 et jusqu’en 1979 seulement à St Jean de Maurienne. Les rejets se montaient à 50 kg F/t au début du siècle, 19,6 kg en 1956 et 5 kg en 1971. Pour les trois usines de la Maurienne produisant 70 000 t/an, cela représentait plus de 1500 t/an de 1956 à 1971, avec des pointes à 1670 ten 1956 (fig. 1). Le fluor à haute dose a des effets néfastes sur la végétation et, indirectement, sur les animaux et les hommes. Il peut avoir aussi des effets directs sur la santé des travailleurs et des riverains. Sur la végétation, il provoque la nécrose des feuilles et, à terme, leur dépérissement par absence de photosynthèse. La sensibilité est variable selon les espèces. Les plus exposées sont les conifères à feuillage persistants (épicéa). Mais les arbres fruitiers, la vigne, les fleurs sont également touchés et, par leur intermédiaire, les abeilles. Le taux de fluor est exprimé en ppm de matière sèche du végétal (1 mg F/kg). On estime qu’il y a danger au-delà de 20 ppm en moyenne sur les espèces les plus sensibles (ce qui correspond au « bruit de fond » de la nature) et 40 ppm sur le foin séché. Le fluor perturbe le métabolisme du calcium et est toxique sur les cellules productrices de l’os et de l’émail de la dentition. Il provoque la fluorose du bétail (déchaussement des dents, fragilité et cassure des membres inférieurs). Les études portant sur les effets du fluor dans la vallée sont anciennes. Dès 1902, l’Inspecteur des Eaux et Forêts signale 13 ha de forêt détruits près de l’usine de La Praz. Les riverains de l’usine de La Saussaz se plaignent des émanations dès la première année de fonctionnement (1905). En 1910, un rapport médical du service d’hygiène départemental de la Savoie recensait les pathologies liées au fluor à St Jean. Il évaluait les fluo>dommages aux forêts et aux arbres fruitiers sur une distance de 5 km (Menegoz, 1991). Mais les conifères commencèrent à être sérieusement touchés en 1957. En 1966, l’ONF recensait 33 forêts touchées sur 10 000 ha, dont l/10ème était détruit et 80 % condamnés à terme. En 1980 enfin, l’aire contaminée à plus de 200 ppm s’étendait sur 40 km d’Epierre à l’aval à Aussois à l’amont (carte n°l A). Sous l’effet des inversions de température, la nappe bleutée stagnait en permanence sous les 2000 m. Les versants étaient couverts de morts-bois ou de feuillus ras, accentuant l’effet de sécheresse et de grisaille ressenti dans cette vallée et augmentant les risques de glissement de terrain. L’élevage était sinistré et la société Péchiney fut amenée à proposer dès 1962 un système compliqué d’indemnisation pour le bois, les arbres fruitiers et le bétail. Le nombre de vaches indemnisées permet d’avoir une idée de l’ampleur du phénomène (19 en 1939, 26 en 1946, 650 en 1970, 193 en 1983). En 1970, la firme a payé au total 4,4 millions de francs d’indemnités pour une production de 99 000 t, soit 54 F/t. Les effets sur l’homme ont été beaucoup moins mesurés, voire longtemps niés par les médecins du travail de l’entreprise. La fluorose industrielle, connue depuis la thèse du vétérinaire Mazel en 1958 n’est pas reconnue comme maladie professionnelle en France, contrairement à la Suisse où il y avait eu des précédents fâcheux d’intoxications dans les années 1930 à l’usine de Chippis près de Sierre en Suisse (de même que dans la vallée de l’Adige en Italie). (Grinberg, 1997) . La fluorose dentaire sous forme de taches apparaîtrait à partir d’une teneur de 2mg/l d’eau. Dès 1953, le médecin inspecteur des écoles observait chez les garçons de l’école des Plans (qui a aujourd’hui disparue), à proximité immédiate de l’usine un retard d’ossification et une déficience organique de 10 à 15 % par rapport à la moyenne.

Le documentaire suisse Les abricots au fluor [1] sur le même sujet, reprend entre autres l’histoire du cas de St Jean de Maurienne qui est loin d’être un cas isolé.

 Pollution à Lannemezan en 1974 - archive de l’INA

Dans ce reportage de Jean-Pierre Terray de 1974, issu des archives de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel), on découvre les ravages de la pollution au fluor sur le plateau de Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées, une pollution similaire à celle de l’affaire des vaches de la Maurienne.

En 1971, quatre industriels étaient inculpés pour pollution de la Balise, petite riviere des pyrennées, aujourd’hui un comite de défense dénonce une pollution plus grave crée par les émanations de fumées fluorées provenant d’une usine d’aluminium Pechiney. Une enquête dans la région permet d’évaluer l’etendue des dégats sur la nature et les animaux. Les agriculteurs demandent réparation et indemnites sur la mévente de leurs produits sur les marchés. [...] Un éleveur Jean LABROQUIERE (comité de défense canton de Labarthe) montre une de ses vaches dont les articulations sont atteintes, qui se paralysera puis mourra.[...]

(voir la suite sur le site de l’INA)

 Exemples de fluorose osseuse due à la pollution de l’eau au fluor chez les animaux

Photo Description Source
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Vache marocaine atteinte de fluorose osseuse causée par une pollution industrielle Article Wikipedia Skeletal fluorosis
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Syndrome du sabot d’oiseau sur un cheval, syndrome commun aux vaches souffrant d’empoisonnement au fluor Voir l’histoire de Cathy Justus sur Namaste Publishink UK et sur Fluoride Toxicity Research Collaborative
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Sabot d’oiseau et déformation de la patte sur un cheval

 Anecdotique - L’emploi du fluor au début du XXe siècle

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Dans l’Archive d’Anthropologie Criminelle, Henri Bergé nous dévoile que le fluor était alors utilisé pour la conservation des aliments car c’était un antiseptique très bon marché. La question du danger de l’emploi du fluorure dans le traitement des denrées alimentaires se posait alors et avec elle la question de savoir comment déceler sa présence dans les denrées et donc de conclure à la fraude le cas échéant.

Source Archives de l’Anthropologie Criminelle (tome 25 ; 1910) pages 754 et 755 sur le site Criminocorpus (en relation avec le CNRS, SciencesPo, le Ministère de la Justice, l’Université Paris Descartes et le Portail de revues en Sciences humaines et sociales).

Notes

[1Les abricots au fluor - François Piot, Médiathèque Valais - Martigny en Suisse

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